Blockchain et cryptomonnaies : ce qu’il faut savoir

Comme souvent, les révolutions sont l’apanage des visionnaires et des courageux. Petit à petit, elles font leur chemin, affrontant scepticisme et résistance, soulevant enthousiasme et espoir. Dans le monde occidental digitalisé dans lequel je vis, et vers presque tous les états tendent aujourd’hui avec la mondialisation, un phénomène est en cours depuis une dizaine d’années, remettant en cause les fondements économiques et monétaires de nos sociétés, mais en se basant sur leur aspect communautaire : la blockchain. Ce phénomène donc sous tend aussi ce qu’on appelle les cryptomonnaies, dont notamment le Bitcoin (BTC) qui peuvent (très probablement) devenir l’argent de demain.

Tout d’abord, les cryptomonnaies sont une conséquence directe d’une technologie qui est de plus en plus adoptée donc : la Blockchain. On peut la considérer comme un ensemble de technologies et techniques (la cryptographie, des langages comme le C++, JS, Go…, du hardware avec des cartes graphiques ou encore processeurs…) permettant la tenue d’une base de donnée globale décentralisée, liant des participants volontaires et où toutes les données qui y sont inscrites (on parle ici de transactions) sont répliquées chez ces derniers. Les données sont stockées sous forme de « hash » qui est une empreinte cryptographique de la transaction effective rendue possible grâce à des tokens qui sont échangés et qui permettent aussi une certaine traçabilité : il est toujours possible de remonter l’historique d’un token, d’une transaction donc.

L’une des blockchains les plus connues aujourd’hui est le Bitcoin. Il aurait été créé en 2008 avec une valeur de départ égale à 0. Il a très vite été adopté par les développeurs du fait de l’anonymat relatif qu’il proposait et de l’alternative qu’il représentait à l’époque, juste après la crise des subprimes : plus besoin de Banque Centrale pour émettre et gérer la circulation de la monnaie, plus de Banques Commerciales qui utilisent l’épargne des gens pour spéculer. Ce mouvement « libertaire » remonterait notamment aux Cypherpunks. Enfin, la quasi-totalité des blockchains est disponible en open source, principalement sur Github, c’est-à-dire que les codes sont accessibles à tout le monde, chacun pouvant les copier, contribuer à leur amélioration ou encore s’en servir comme base pour créer un nouveau projet.

Aujourd’hui, le Bitcoin c’est :

  • Un système de peer-to-peer distribué. Il n’y a aucun serveur ou point de contrôle central. Les bitcoins sont créés grâce au minage qui implique qu’un participant résolve un problème mathématique complexe afin de valider des blocs.
  • Un protocole qui définit le mode de fonctionnement du minage sur le réseau et s’assure du respect d’un nombre maximum de BTC émis à environ 20 millions d’unités. Ce chiffre devrait être atteint en l’an 2140.
  • Une monnaie virtuelle (ou cryptomonnaie) avec comme symbole le BTC. Elle n’est qu’une application de cette technologie tellement le Bitcoin offre de possibilités. Certains le considère comme « l’Internet de l’argent ».

A côté du Bitcoin maintenant, d’autres blockchains, et donc naturellement d’autres cryptos ont vu le jour.

Aspects technologiques

La Blockchain permet donc de stocker, sous forme de « hash », une multitude d’informations qui seront réputées disponibles à vie et qui seront disponibles à tout participant du réseau.

Le concept est assez technique à appréhender tellement les composantes sont nombreuses et relativement complexes. Mais de façon simpliste, une transaction est émise à partir d’une adresse qui est une série de chiffres et lettres, unique et « relativement » anonyme (Ex : 1FGAftzSTztFSB8LMwsrdCKTyqGY6zr3Su). L’adresse est authentifiée avec la clé privée du propriétaire, ce qui permet de s’assurer de son « identité » et de faire valider l’opération. La transaction est ensuite ajoutée à un groupe d’autres transactions appelé « block », auquel est ajouté le « hash », donc l’empreinte cryptographique, du précédent block. Dès lors, les mineurs commencent un travail de résolution d’un problème de mathématique complexe (c’est le système de POW : Proof of Work) afin de valider ce block et en même temps les transactions qu’il contient.

blockchain processus

Source : https://trustmyscience.com/comprendre-les-crypto-monnaies-en-10-minutes/blockchain-cryptomonnaies-explication-processus/

Cette opération, plus complexe encore que notre sommaire explication, vise à garantir plusieurs paramètres qui font aujourd’hui le succès de cette 3e révolution industrielle (disons technologique) : intégrité, confidentialité, sécurité, décentralisation, rapidité entre autres. Par exemple, là où un virement international de fonds prendrait entre 2 à 5 jours (nécessitant au préalable une ouverture fastidieuse de compte, un ensemble de banques à travers le « Correspondent Banking » et des frais de transfert mirobolants), une transaction Bitcoin ne prend que quelques minutes, maximum quelques heures (selon le volume sous tendant la transaction), peu importe là où se trouvent les protagonistes sur cette terre. Les frais aussi tournent autour de quelques euros par transaction, qu’on envoie 100€ ou 1.000.000 €. Un système d’incitation est aussi mis en place pour les (encore) plus pressés et qui permet d’augmenter ces frais pour faire avancer notre opération dans la queue de validation.

Le Bitcoin dispose d’un logiciel open source qui permet d’intégrer le réseau, de disposer d’un portefeuille virtuel pour stocker nos BTC et créer des adresses qui serviront à les envoyer ou les recevoir. De même, les codes mis à disposition permettent de paramétrer son matériel informatique (rig de minage) afin de miner des BTC ou de sécuriser le réseau en validant des opérations en paramétrant notamment un Full Node.

D’un autre côté, une nouvelle génération de blockchains a vu le jour vers les années 2010. Sur celles-ci, on peut développer des mini programmes appelées aussi « Smart contracts » (qui existaient déjà avec le Bitcoin), la possibilité de créer et d’y héberger des DApps (Decentralized Applications), la création d’applications de micro paiement …

Les plateformes les plus connues et les plus prometteuses sont actuellement : Ethereum, NEO, AION, EOS, ADA, QTUM, LISK entre autres. Même si elles sont considérées comme des fraudes par les utilisateurs de la première heure du Bitcoin, ces plateformes sont aujourd’hui utilisées par des entreprises et des particuliers pour y développer des applications principalement tournées vers du partage de valeur et d’informations à travers un système décentralisé.

Tous les participants constituent un réseau qui peut être soit « permissionnée » (c’est-à-dire privée, où l’initiateur choisit avec qui former le groupe) ou encore « non permisionnée » (publique et accessible à tous).

Les participants, comme dit plus haut, doivent installer un logiciel (ou client) qui leur permet d’accéder au réseau. Dès lors, ils constituent ce qu’on appelle des « nœuds » dont l’objectif aussi est, à travers le calcul effectué par leur PC ou leur matériel informatique adapté, de valider les transactions du réseau. Ces opérations permettent de garantir l’intégrité des informations transmises et la sécurité des opérations réalisées. (Liste des clients de nœuds les plus utilisés => https://coin.dance/nodes)

Source : https://bitnodes.earn.com/

Ces technologies, protocoles et logiciels étant open source, les plus performantes restent celles qui attirent et font contribuer le plus de développeurs. Ces derniers contribuent à faire évoluer les codes, repérer les failles de sécurité et effectuer les tests nécessaires pour garantir la fiabilité du protocole et des applications afférentes.

Il est aussi possible pour chaque personne (ou groupe de personnes) à l’aise techniquement avec ces technologies de développer leur propre version des différents logiciels disponibles. Cela revient à cloner les codes open source du projet visé et à y apporter les modifications qu’on aurait souhaité et donc prendre une direction différente du projet d’origine. On appelle cela un « fork » et cela fût le cas avec le Bitcoin (Forks : Bitcoin Cash, Bitcoin Private, Bitcoin Gold, Bitcoin Diamond…), Ethereum Classic (ETC) avec Ethereum (ETH), le XRP (de Ripple) avec le XLM (de Stellar) entre autres. Ces cas de figure démontrent une chose : dans cet écosystème, toute personne a la possibilité de créer son propre projet, aligné à sa vision idéologique et en faire la promotion.

C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, de plus en plus de développeurs quittent le monde de la finance ou des fintechs pour rejoindre celui de la Blockchain et des cryptomonnaies.

github activity

Source : https://coincheckup.com/analysis/github

Aspects financiers

Au-delà de la technologie Blockchain, les cryptomonnaies représentent aujourd’hui une des innovations majeures de ces dernières années. Suite aux différentes crises (années 30, choc pétrolier, subprimes…), à l’échec de la politique monétaire internationale en général (des trilliards de dettes cumulées par les Etats) et à la mauvaise, voire superficielle gestion de la masse monétaire par les banques centrales (création monétaire avec la réserve fractionnaire, « planche à billet », circulation monétaire…), elles représentent une alternative crédible et susceptible de conditionner les échanges monétaires futurs.

Même si le nombre total d’unités à générer est défini par les fondateurs d’un projet, l’émission des cryptos est décentralisée, c’est-à-dire qu’elle est gérée par les mineurs et elle répond à des fondamentaux développés par une discipline bien identifiée : la cryptoéconomie. Ces fondateurs peuvent se situer sur toute l’étendue de la terre dès lors qu’ils disposent d’électricité, d’un pc, d’internet et de matériel informatique adéquat. L’émission est gérée par un algorithme qui ajuste la difficulté du minage en fonction du nombre de BTC en circulation. Théoriquement, les BTC ne dépasseront pas 20 millions d’unités, ce qui induit un change par rapport aux monnaies en constante évolution si la demande fait de même.

Même si certains ont déjà été évoqué auparavant, les quelques avantages du BTC sont :

  • On peut transférer des BTC d’un point à l’autre de la planète, dans n’importe quel pays, librement, avec des frais très réduits (insignifiants pour les grosses sommes).
  • Les frais de change sont inexistants : on envoie le BTC en le convertissant dans sa propre monnaie et celui qui le reçoit le convertit directement dans la sienne.
  • L’anonymat est plus assuré qu’avec une transaction classique (l’argument principal est que personne n’est très content que le banquier sache exactement à quoi il dépense son argent, au jour et au centime près).
  • Les transferts se font généralement en quelques minutes, au pire en quelques heures même de, ou vers, l’étranger. Cela diffère du nombre de jours important que requiert un transfert de banque à banque.
  • L’investissement en BTC (ROI de 100% à plus de 1000% historiquement) laisse très loin derrière livrets d’épargne, placements boursiers et autres produits dérivés.

En matière d’investissement en effet, les cryptos monnaies sont l’un des placements les plus attractifs aujourd’hui. Ceci s’allie avec le fait qu’elles sont accessibles facilement à quiconque dispose d’une connexion internet.

Les paiements en cryptos (BTC, ETH, XRP, ETN…) sont aussi simples que rapides. Lorsque la personne à qui on souhaite transférer des BTC est proche de soi, on a juste à scanner le QR code qui s’affiche sur son portefeuille virtuel. Sinon, on saisit son adresse et dans les 2 cas, on saisit le montant à envoyer. Un processus technique est ensuite déclenché (signature avec une clé privée, validation, minage, confirmation) avant que la personne ne reçoive la transaction. Pour recevoir, on communique notre adresse ou alors on présente notre QR code à notre interlocuteur, et le processus est encore appliqué. Simple et efficace, du moins pour l’utilisateur final.

transaction lifecycle

Source : https://cryptalker.com/send-bitcoin-2/

Cette simplicité apparente d’utilisation et la sécurité du réseau font qu’aujourd’hui, de nombreux commerçants et autres sites internet acceptent les paiements en BTC. Parmi ces sites, nous avons Wikipedia, WordPress, Reddit, eBay. Concernant les commerces, dans le monde, l’image ci-dessous vaut mieux que mille mots, tous les points représentant des endroits où on peut dépenser ses BTC (on peut constater que l’Afrique n’est vraiment pas au diapason) :

use of btc world

Source : coinmap.org

En conclusion

Avec les récents scandales liés à des fuites de données personnelles touchant à la fois les réseaux sociaux et les grandes multinationales, la question de la préservation de la vie privée des personnes physiques devient majeure. La blockchain est une des solutions qui permet de répondre à cette problématique en offrant notamment des assurances sur les questions de confidentialité, intégrité, transparence et sécurité des données.

Dans cet intéressant article de Mamadou Diagne aka « Dofbi », ce dernier propose d’utiliser la blockchain Ethereum comme outil de gestion des parrainages institués pour la future élection présidentielle au Sénégal. Cette solution aurait pour principal avantage de préserver l’anonymat des votants tout en garantissant la sécurité et l’intégrité des données des candidats, mais aussi une transparence sur les chiffres de ladite opération de parrainages.

De nombreuses solutions sont aussi développées à travers le monde pour différents cas d’usage : gestion du cadastre (Ghana), suivi des contenaires, identité digitale, transactions bancaires et j’en passe. Le site cointelegraph.com est un bon outil pour suivre l’adoption de cette technologie à travers le monde.

Concernant l’aspect financier, plusieurs initiatives sont en cours. Nous évoquions déjà dans un de nos articles la création en 2016 d’une cryptomonnaie dénommée l’ecfa, émise et monitorée par la BCEAO. Même si aucune information n’a filtrée sur ce projet et qu’il est aux antipodes de la philosophie des cypherpunks, il est important de le mentionner. Dans la même veine, le Vénézuela, qui fait face à une hyperinflation sans précédent, s’est tourné vers le Bitcoin et d’autres cryptomonnaies comme le zcash ou le monero pour poursuivre les échanges commerciaux et permettre à ses habitants de pouvoir se payer les denrées de première nécessité. Le pays s’est même doté de sa propre crypto : le Petro. Aussi, l’Iran a pris la même voie afin de contourner l’embargo du monde occidental et il se dit que la Turquie songerait à faire de même après l’attaque qu’elle a subie sur sa monnaie par les américains.

Avec les problèmes que connait le foncier sénégalais mais aussi avec la difficulté d’assurer à ses citoyens une sauvegarde de leur vie privée, le Sénégal devrait songer à la technologie blockchain et ses nombreux avantages. De plus, une cryptomonnaie made in galsen pourrait être la première voie vers notre indépendance financière et la fin du contrôle de la France sur notre économie à travers le FCFA. Ceci voudrait dire adosser cette crypto sur des bases reflétant la réalité économique sénégalaise (adossé au prix du pétrole par exemple, comme pour le Pétro), contrôler le nombre d’unités en circulation afin d’endiguer l’inflation infinie des monnaies classiques, permettre des échanges transfrontaliers avec d’autres pays que la France, les USA et d’autres pays colonisateurs car, faut il le rappeler, une crypto n’a pas de frontières et aucune barrière, si ce n’est technologique.

Yeewu dafa djot !

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