Guy Marius Sagna, le sénégalais.

On le « connait » de plus en plus. Son nom, en tout cas, nous est de plus en plus familier. Guy Marius Sagna est un homme, emprisonné pendant 96 jours (3 mois) pour avoir manifesté devant les grilles de la présidence de la République, allant même jusqu’à s’y agripper. Un symbole !

Qu’est ce qu’une manifestation si ce n’est l’acte de manifester. Qu’est ce que « manifester » dès lors ? Une des définitions du Larousse nous dit que c’est le fait de « rendre perceptible, faire connaître un sentiment, une manière d’être, un état ». En manifestant devant les grilles de ce bâtiment, somme toute symbolique, qui abrite le Président de la République, Guy Marius rendait perceptible le malaise ambiant dans le pays, il faisait connaître le ras-le-bol et la frustration que ressentent les sénégalais à cause de la cherté de la vie avec l’augmentation du prix de l’électricité notamment, à cause aussi des scandales de détournements de fonds publiques et de contrats de gré à gré douteux, à milliards, impliquant le pouvoir et son entourage, entre autres.

Comment faire lorsque nous avons un dirigeant d’Etat qui ne fait que marcher sur le peuple ? Comment faire alors que celui-ci et les gens qui l’entourent ne daignent pas écouter les sénégalais, ni même les regarder ? Comment faire, alors que tous les corps de l’Etat observent des déficits, nous ne voyons que des projets pompeux et sans apport économique prendre vie dans ce pays (arène de lutte, stade de basket, stade de foot…). Comment faire lorsque le prix des denrées de première nécessité ne fait qu’augmenter, sans compensation au niveau des salaires ? Comment faire lorsque l’Etat sénégalais s’endette à tout va, en notre propre nom, jusqu’à être en risque de surendettement ?

gouvernement sénégal
Gouvernement du Sénégal

La réponse tombe sous le sens. Il faut exprimer son ras le bol. Dès lors, à chacun son rôle. Nous, Yeewu, écrivons. Certains s’en plaignent à la télévision ou à la radio. D’autres font paraître ces situations à travers leur art, qu’il s’agisse de cinéma, de musique, ou encore de peinture. Certains citoyens prennent les choses en main et essaient d’organiser leur communauté autour du partage, de la salubrité, de la formation. Et enfin, il y’a Guy Marius et ses acolytes, les plus courageux, selon nous, qui osent descendre physiquement sur le terrain, au péril de leurs vies, pour « affronter » l’appareil étatique et se positionner en tant que « voix des sans voix ».

Pourquoi ?

Sur le fonds, Guy Marius et les autres patriotes militaient contre la hausse annoncée du prix de l’électricité. Cette hausse, annoncée à 10 % en moyenne par la Sénélec, venait s’ajouter à la hausse du prix d’une liste assez importante de denrées de première nécessité. On nous explique, ici, que « le sac de riz a connu une hausse constante de son prix depuis l’an 2012. Le riz parfumé qui coûtait 14 000 FCFA, le sac de 50 kg, s’acquiert maintenant à 19 .000 FCFA. Le riz non parfumé est passé de 12 000 à 14 500 FCFA le sac (…). Pour le bidon d’huile de 20 L, il a connu également une hausse de 14.000 à 18 500F FCFA. Le sac de sucre qui coûtait 25.500 est fixé maintenant à 28 000 FCFA ».

Par là, on note une « flambée des prix des médicaments traditionnels (+15,3%) et une hausse du prix des poissons frais (+18,3%) », entre autres, entre les 2e et 3e trimestres de 2019.

Enfin, selon le dernier rapport disponible de l’ANSD sur l’IPC (Indice des Prix à la Consommation), nous avons, au 3e trimestre 2019, et selon leurs propres termes, une hausse des prix des « produits alimentaires et boissons non alcoolisées » (indice de 102 en 2016, 110 en 2020), ainsi qu’une augmentation des prix des services de « logement, eau, gaz, électricité et autres combustibles » (indice de 101 en 2016, 105 en 2020).

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Image d’une boutique à Pikine, dans la banlieue dakaroise.

Autant de raisons donc de manifester son mécontentement, de façon pacifique, à un gouvernement qui n’a pas l’air de trop se soucier de la difficulté du sénégalais à finir le mois en ayant de quoi se nourrir, de quoi nourrir sa famille.

Mais qui avait assez de courage pour le crier haut et fort ? Qui avait le courage de servir de porte parole aux sénégalais ? Qui avait le courage de s’opposer à ce gouvernement de mercenaires et de corrompus ?

Guy Marius et ses acolytes sont ceux qui ont su le faire, et ce n’est point une surprise quand on s’intéresse à la personne et à ses combats.

Guy Marius Sagna

Nous avons essayé de contacter des proches pour avoir un peu plus d’éléments à présenter, sans succès. Néanmoins, et d’après nos recherches, voici les informations qui se rapportent à lui.

Guy Marius est d’abord le père d’une petite fille. Il est originaire de Ziguinchor et aurait grandi dans les quartiers populaires de Dakar. Il est le plus souvent défini comme un militant de « la gauche anti-impérialiste et panafricaine », ayant notamment fréquenté, selon des sources, le mouvement AJ/PADS. Il a écrit plusieurs articles qu’on peut retrouver en cliquant ici.

Ses premiers actes médiatisés remonteraient à des manifestations et sit-in entre 2011 et 2012, au sein du mouvement M23, à Tambacounda, réclamant le départ du président Abdoulaye Wade et refusant la modification de la constitution que ce dernier a tenté d’initier. On apprend même qu’il avait été victime d’une tentative d’assassinat, en février 2012, toujours à Tambacounda.

En 2013, il participe au barrage de la route nationale à Tambacounda pour protester contre l’absence de formation des enseignants en préscolaire public. Il soutenait les enseignants grévistes. Arrêté par la gendarmerie, il passe cinq jours en maison d’arrêt avant d’être relâché.

En 2014, il dénonce la mal gouvernance à l’Hôpital de Sédhiou où il servait comme assistant social. Il avait convoqué la presse pour révéler au grand jour le détournement des ressources de l’hôpital régional où il travaillait. Ceux qu’ils dénonçaient ne furent pas sanctionnés. Lui fut muté à Dakar et jeté dans un «petit bureau où il n’y a ni eau ni électricité», selon ses témoignages. On peut voir ces locaux dans un reportage déjà réalisé par une télévision, à l’époque.

Aujourd’hui, ce même hôpital est dans un état désastreux. Il les avait prévenus.

Il était travailleur social pour le ministère de la Santé. C’est dans cette optique qu’il avait écrit, en Février 2018, une lettre publique au Ministère de la Santé et de l’Action Sociale, afin de dénoncer les manquements du système de santé de notre pays, et les risques afférents, mais aussi les errances de la politique sanitaire et sociale de l’Etat. On y apprend, entre autres, qu’en Janvier 2018, l’hôpital régional de Tambacounda ne disposait pas de chirurgien, de pédiatre, d’anesthésiste, ou alors de gynécologue, et que l’hôpital de Matam ne disposait ni de cardiologue, de pédiatre, de réanimateur, encore moins de pharmacien en 2017.

De tous les combats, il assure se battre pour de nombreuses causes : la souveraineté économique du Sénégal et de l’Afrique face aux puissances étrangères, l’abolition du franc CFA, la fin des opérations militaires occidentales sur le continent, l’égalité homme-femme… Guy Marius a même manifesté avec les employés du PCCI, à Dakar.

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Arrestation de Guy Marius Sagna.

C’est dans ce contexte qu’en Juillet 2019, il publia, avec le collectif FRAPP, un texte fort intéressant sur les manœuvres de l’Etat colonisateur français qui préparerait des attentats au Sénégal. Le texte était intitulé « LA FRANCE PREPARE UN ATTENTAT TERRORISTE AU SENEGAL : Comme la rue malienne disons « FRANCE DEGAGE ! ».

Au-delà du titre, le texte est riche d’enseignements sur les contradictions de l’opération Barkhane au Sahel, censée « combattre » le terrorisme mais qui apparaît plus comme un « fouteur de troubles ». Beaucoup de moyens mis en œuvre, beaucoup d’hommes mobilisés, terroristes quasi inexistants et communication douteuse de la France peuvent mettre la puce à l’oreille. Quelque chose se trame. Pour citer un passage du texte, « Le mode opératoire est toujours le même. La France commence par des exercices de simulations de lutte anti-terroriste pour préparer psychologiquement les populations à vivre avec l’idée de la menace terroriste, puis avec le terrorisme lui-même. Fausse alerte, vérification de la réactivité du système de surveillance et de secours…tout y passe. Au Sénégal, il y a eu le Radisson, Saint-Louis, le colis suspect découvert au centre-ville près du magasin Auchan, la simulation de l’attaque terroriste à Ngallèle (St-louis) ».

Guy Marius fût arrêté puis placé sous mandat de dépôt juste après la publication de cet article. Après un mois de détention, il bénéficiera, le 16 août 2019 d’une liberté provisoire.

On le retrouve enfin le 29 Novembre 2019, devant donc les grilles de la présidence de la République. Il y a été arrêté, avec 8 autres sénégalais, puis emprisonné. Les autres seront libérés par la suite. Guy Marius restera en prison pendant 96 jours. Il sortira libre le 03 Mars 2020. Selon ce texte et les pertinents arguments qu’on peut y lire, son emprisonnement n’était en aucun cas justifié. Sa libération, elle, serait le fait du coup de pression mis sur l’Etat par l’Eglise, d’abord à travers le coup de gueule de Barthélemy Diaz, ensuite par « l’incompréhension » exprimée publiquement du Cardinal Théodore Adrien Sarr.

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Arrestation de Guy Marius, devant les grilles de la Présidence de la République.

Dans tous les cas, Guy Marius Sagna est libre, et c’est une bonne nouvelle pour les sénégalais.

Et maintenant ?

Nous voyons, à travers ces lignes et les témoignages concordant de différentes personnes, que l’homme est un patriote, un amoureux du Sénégal et des sénégalais, quelqu’un qui est prêt à céder sa liberté pour celle de ses compatriotes, une personne courageuse qui n’hésite pas à dire ses vérités, la vérité, à cet Etat de « Démocrature ».

Nous ne tombons sûrement pas dans une « adoration » ou une « vénération » de l’homme. Nous jugeons ses actes et ses faits. Par le billet de ce texte, nous tenons à lui apporter notre soutien dans les combats qu’il mène.

Il ne saurait les mener seuls. Ses actes devraient « réveiller » les sénégalais, ils devraient les sensibiliser sur les manquements qu’il dénonce. Les sénégalais doivent savoir que le Président n’est pas un roi, il est leur serviteur. Il doit leur rendre compte et ne doit, en aucun cas, utiliser l’appareil étatique à ses propres fins. Les sénégalais doivent refuser de subir tous ces actes de corruption et d’abus de pouvoir vus/entendus tous les jours. Le sénégalais doit s’intéresser à son sort, sur le moyen-long terme et non se focaliser sur un raccourci court-termiste, le plus souvent teinté de « ñublang ».

Le sénégalais doit être tout simplement conscient de sa force et de son pouvoir, et j’espère que Guy Marius et les gens qui l’entourent leur feront passer ce message là.

Yeewu Jotna !

Sources :

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