What’s free ?

Qu’est ce que la liberté en effet ?

La longueur de ce texte est à la hauteur des raisons qui font, selon nous, que nous, sénégalais, ne sommes pas libres. Malgré tout, on avance, on se bat, et on continuera à se battre.

Nous nous sommes inspirés aujourd’hui de la chanson « What’s Free » de Meek Mill, featuring Jay-Z & Rick Ross, extrait de l’album « Championships ».

Pour nous, ceci est plus qu’une chanson, nous permettant de parler de la notion de liberté entre autres à nos compatriotes sénégalais, à nos frères et sœurs africains et plus globalement à toute personne qui lirait ces lignes. Ou comment, selon l’interprétation que l’on en fait, quelques lignes d’un texte peuvent prendre une toute autre dimension.

Influences et choix de vie

 » Free is when nobody else could tell us what to be

Free is when the TV ain’t controllin’ what we see  »

Meek Mill

En effet, la liberté de l’homme réside dans sa capacité de penser son monde, comprendre son environnement, conserver un esprit critique par rapport à toutes les informations qu’il reçoit et ainsi, agir en connaissance de cause. Bien sûr, nous sommes tous influencés d’une manière ou d’une autre, par des personnes, des mouvements, des religions… en sachant que tout ceci définit à la fin ce que nous sommes et ce que nous voulons être.

La nuance réside sur ce point précis. La liberté est synonyme de choix de vie. La personne choisit ses sources et ses influences dès lors qu’elle devient consciente du monde et des éléments. Le petit enfant a de l’imagination, inventant son monde et ses personnages, façonnant son avenir de la manière dont il le rêve et dont on lui a fait rêver. Il est animé par une naïveté qui est tout simplement l’absence temporaire de connaissance des réalités de son monde, plus particulièrement de la brutalité et du côté sombre de la structure sociale dans laquelle il vit, mais encore de l’essence de la nature humaine, de la nature tout court.

La personne, en grandissant, apprend tout cela, de manière plus ou moins rapide, et tend à remettre en cause tous ses acquis en fonction des connaissances engrangées, des difficultés rencontrées, des échecs essuyés aussi. L’expérience devrait nous pousser à pouvoir séparer la « vérité » du « mensonge », de l’hypocrisie, de la fourberie, à différencier le bien du mal, la bonté de la méchanceté, à repérer les nuances entre l’apparent et le caché, entre le dit et le non-dit. Même si, il faut l’avouer, on n’est jamais à l’abri de surprises.

La liberté est en effet acquise lorsque les choix qui nous animent et notre ambition sont les nôtres, sans aucune influence non consentie. La liberté est acquise lorsque la personne est assez outillée à la fois moralement, spirituellement, techniquement et physiquement pour pouvoir décider de son chemin, sans qu’aucune autre personne ou entité ne puisse la détourner de celui-ci sans sa volonté.

Dans un monde hyper connecté où la quasi-totalité de la population regarde la télévision, qui est en passant le plus efficace outil de propagande et de marketing qui ait jamais existé, la liberté est aussi celle de garder les yeux ouverts sur le monde et ce qui s’y passe, et ne pas se laisser influencer par les informations diffusées à longueur de journée et qui n’ont pour principaux objectifs que d’attirer l’attention des gens sur autre chose que l’essentiel et les faire consommer. Avec internet (pour ceux qui ont la chance d’y accéder), nul ne devrait être ignorant de la vérité tant la quantité d’informations qu’on y trouve est énorme.

Semblant de liberté

 » Oh, say you can see, I don’t feel like I’m free

Locked down in my cell, shackled from ankle to feet

Judge bangin’ that gavel, turned me to slave from a king  »

Meek Mill

Nous, personnes à la peau foncée, noirs ou métisses, pensons, dans le monde actuel, que nous sommes libres. Je n’en ai pas l’impression. Pour les personnes qui en doutent, j’ai une question toute simple qui m’a permis d’affirmer mes propos : en sachant que l’être humain s’est toujours déplacé sur la terre, est-il possible, par exemple, pour un(e) sénégalais(e) lambda, de partir seul(e) faire le tour du monde pendant une année ? Pour moi, la réponse est non et je m’explique.

Un tour du monde d’une année (même un voyage de quelques jours) demande des moyens financiers qu’un sénégalais moyen n’a pas et ne peux pas se permettre vu le positionnement de notre monnaie (FCFA) dans le monde. Il m’est aujourd’hui impossible de comprendre, malgré toutes les théories lues et entendues, comment est ce que, par exemple, une unité de la monnaie européenne vaut 655 unités de notre monnaie. Prenons aussi par exemple un budget de 10.000€ pour un voyage pareil, cela reviendrait au sénégalais à 6.500.000 FCFA dans un pays où les salaires des cadres tournent autour de 500.000 FCFA mensuels, avec des prix des denrées alimentaires similaires aux prix français, là où le salaire minimum net y est d’environ 805.000 FCFA. Nous sommes payés moins que les autres, dépensons plus que les autres pour les mêmes choses. Ici, en passant, la question de la consommation de produits importés au détriment de la production locale se pose aussi. Certains esprits sont aussi enchaînés que les pieds et chevilles de Meek Mill.

Pour ceux qui se sentent libres, je dirais qu’on ne l’est pas du tout lorsque, pour sortir de notre pays et parcourir le monde, on aura besoin de demander des visas pour presque tous les pays qu’on aura à visiter. En effet, le sénégalais n’est pas libre de se déplacer partout dans le monde, disons, encore moins que plus d’une centaine d’autres peuples. A cela s’ajoute le fait que la délivrance de ce fameux visa n’est pas systématique. Sommes-nous des criminels, des voleurs, des fainéants, des perturbateurs ? Je ne pense pas. Dès lors, rien ne justifie cet état des faits. Un lion tourne en rond sur un espace de quelques centaines de m², sous le soleil, avec un point d’eau dans la zone, recevant de temps en temps une chèvre ou une carcasse comme repas. Il vit dans un zoo. Est-il libre ?

visa
Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Visa_requirements_for_Senegalese_citizens

Il y’ a aussi une question de perception. Partout dans le monde, des USA en Inde, en passant l’Europe ou l’Océanie, et même sur le continent africain, l’homme noir est victime de suspicion ou de méfiance à son égard. Il devra essuyer les remarques désobligeantes, les provocations voire les attaques soit verbales, soit physiques. Je l’affirme par expérience. Aucun endroit n’est devenu sûr pour une personne noire dans le monde, même pas sa propre maison où on est venu le chercher de force pour intégrer les troupes françaises lors des deux grandes guerres et où toutes sortes de produits toxiques et dangereux lui sont servis dans un bol ou une assiette.

D’autre part, qu’est-il arrivé à toutes les personnes qui ont tenté de dénoncer d’abord, puis d’agir contre cet esclavage déguisé que vivent les noirs dans le monde, plus particulièrement au Sénégal ? Elles ont été soit intimidées, soit emprisonnées, soit tuées, leur histoire tombant dans l’oubli, absente des lignes qui racontent le passé. Le Sénégal étant historiquement un pays asservi docilement à la France par ses dirigeants, nous pouvons quand même citer des « Ceddo » comme Lat Dior (malgré tout ce qu’on peut lui reprocher), certains fondateurs des « tarikha » qui ont eu soit à combattre le colonisateur ou à être exilé, Omar Blondin Diop ou alors le président Mamadou Dia.

Plus globalement, tous ceux qui, en Afrique particulièrement, ont diffusé un discours de liberté vraie et ont mis en place des systèmes pour leur peuple et non à leur détriment, se sont fait tués, avec la complicité d’africains, d’amis, de proches, de frères. Nous pensons au Colonel Khadafi, à Patrice Lumumba, à Thomas Sankara, à Jonas Savimbi.

 

Diviser pour mieux régner

 » No red hat, don’t Michael and Prince me and ‘Ye

They separate you when you got Michael and Prince’s DNA, uh

Look at my hair free, carefree, niggas ain’t near free

Enjoy your chains, what’s your employer name with the hairpiece? « 

Jay Z

Ici, Jay-Z évoque la casquette portée par Kanye West à la maison blanche et les cas de Prince et Michael Jackson qui ont été divisés puis « façonnés » par l’industrie musicale américaine afin de satisfaire l’Amérique blanche, ce qui revient à renier leur identité, à la fois physique (DNA = couleur de peau) et culturelle (DNA = culture afro-américaine).

Certains peuples nous méprisent, d’autres nous regardent de haut, c’est leur problème. Cela ne change en aucun cas la perception qu’on a de nous et de notre valeur dans ce monde, ainsi que le respect qu’on a pour notre peuple, sa culture et son histoire, mais encore le respect que nous avons pour tout, nature, hommes et animaux. Mais disons-le, l’homme noir ne devrait en aucun cas se laisser influencer jusqu’à lui aussi mépriser un autre noir, sur des bases d’ethnicité ou d’appartenance à un pays, ou encore renier sa culture en général. La liberté, collective cette fois, passe par l’union et la collaboration de gens qui, aujourd’hui, sont clairement dominés et pillés par les mêmes bourreaux, avec la complicité des mêmes traîtres.

kanye west trump
Kanye West enlassant Donald Trump à la Maison Blanche, le 11 octobre 2018.

Avec toutes les ressources naturelles autour de nous, avec toutes les ressources minières sous nos pieds, nous restons les plus démunis et les plus souffrants dans le monde. Plus d’une centaine de milliers d’années d’histoire réduits à néant par plus de 450 ans d’esclavage, de colonisation et de néo colonialisme. Néanmoins, la technique utilisée par le « blanc » fût et reste toujours la même.

Nous, africains, sénégalais, devrons refuser l’acculturation. Il est bien de regarder ce qui se passe ailleurs, il est bon d’écouter ce qui se dit, il est bien de lire ce qui est écrit. L’idée ici est que tout ceci doit servir de source d’inspiration à adapter à nos réalités, pour affirmer nos positions, pour illustrer nos idées déjà conçues. Nous conseillons à la personne lisant ces lignes d’avoir de solides bases spirituelles et religieuses car le combat est aussi psychique, mystique. Ensuite, il lui est conseillé d’être ouverte d’esprit et curieuse sur la vie, le spiritualisme, la société, la géopolitique, l’informatique, la finance, bref sur tous les secteurs stratégiques. Mais surtout, toujours se demander « pourquoi ? ».

michael-jackson-avant-apres
La transformation de Michael Jackson (Paix à son âme).

Ce travail de fond permet à tout un chacun de se situer dans l’univers en tant qu’être humain doté de capacités intellectuelles et spirituelles sans limites, si ce n’est celles qu’il se fixe à lui-même. Il permet aussi à l’africain, au sénégalais, de se situer dans l’histoire et de comprendre comment est ce qu’on en est arrivé là, au 21e siècle. L’Afrique, le Sénégal, ont une histoire riche, faite d’innovations et de créativité. Nous avons toujours su nous réinventer, qu’importe la conjoncture ou l’adversité. Mais nous y sommes arrivés ensemble, main dans la main, pas les uns contre les autres. Nous avons toujours réussi à faire des merveilles à partir de rien, à innover, pour ensuite se faire destituer de nos possessions et de leurs fruits. Jay Z l’explique bien dans ce passage, en parlant des noirs américains et des esclaves d’alors :

We started without food in our mouth

They gave us pork and pig intestines

Shit you discarded that we ingested, we made the project a wave

You came back, reinvested and gentrified it

Aussi bien dans notre vie sociale que professionnelle, nous nous devons de rester fidèles à nos valeurs sans céder à la tentation de la « trahison » pour des raisons de réussite matérielle ou de reconnaissance publique. Les grands hommes de notre continent, de notre pays ont toujours su travailler et vivre par les actes, avec courage, humilité et discrétion. En aucun cas nous ne tentons de les idéaliser mais nous essayons un tant soit peu de marcher sur leur pas, pour la dignité de l’homme noir.

Prise de conscience et combat

 » To this day, Grandma ‘fraid what I might say

They gon’ have to kill me, Grandmama, I’m not they slave  »

Jay Z

Nous sommes la génération qui a vu à la fois naître, grandir et maturer internet et les réseaux sociaux. Nous avons à notre disposition tous les livres et autres textes que nos parents / grand parents / arrières grand parents ont étudié, mais aussi ceux dont ils n’avaient pas accès. Le savoir est à notre portée, avec une multitude de sources, pouvant nous permettre d’accéder à la vérité. Nous parlons de la vérité sur l’histoire de l’Afrique, l’histoire du Sénégal, l’histoire de nos ethnies, bref notre histoire, différente de celle qu’on nous a enseigné à l’école… française et qui est la résultante des directives des anciens colonisateurs.

Certains d’entre nous ne voient pas plus loin que l’esclavage et la colonisation quand il s’agit de nous situer dans le monde. Ce qui est une aberration. Je vous invite à vous documenter à partir des travaux de Cheikh Anta Diop, notamment « Nations Nègres et Culture – De l’antiquité nègre égyptienne aux problèmes culturels de l’Afrique noire d’aujourd’hui », des textes de Kocc Barma, à aller écouter le guide de la maison des esclaves à Gorée, à vous renseigner sur tous ces martyrs africains et sénégalais cités plus haut, les actes qu’ils ont essayé de poser et les moyens envisagés, à vous rapprocher des griots qui pullulent à l’intérieur du pays (l’émission « Demb » de la 2STV est une bonne vitrine), à poser des questions pertinentes à vos aînés.

D’un autre côté, le combat se doit d’être collectif si nous souhaitons acquérir notre liberté. Nous avons l’habitude de nous isoler, évitant les rassemblements, mouvements et/regroupements. Ici, la plupart d’entre nous a peur. Oui, nous avons tout simplement peur d’avoir à défendre nos idées devant une assemblée, peur de l’adversité, peur de la contradiction, peur de la trahison entre autres. Pour nous, toutes ces peurs voient leur source en un point : nous n’avons pas assez de courage et sommes trop complaisants face à la situation actuelle dès lors que chacun a de quoi vivre sa vie. Il s’agit d’individualisme, accentué par une absence totale d’implication dans le sort de nos semblables. En aucun cas, nous ne faisons preuve d’esprit de dépassement en sachant que ce qui arrive à l’un de nous, nous implique et nous touche tous. La crise des migrants peut sembler bien loin pour certains d’entre nous, or la perception de tout un peuple à travers le monde est encore une fois entrain d’être instrumentalisée. Engageons-nous, chers frères et sœurs. Combattons et dépassons ce complexe d’infériorité qui sonne comme des chaînes qui enferment notre esprit dans un carcan et qui nous « empêchent » de revendiquer nos droits, pour nous et nos semblables. Aucun de nous ne doit s’attendre à ce qu’un « leader » prenne les choses en main et fasse le travail seul. La prise de conscience est collective, l’action est collective, la satisfaction au bout sera à la fois collective et individuelle.

Nous menons ce combat, à notre manière. Et comme le dit si bien Jay Z, s’il le faut, on mourra, car nous ne sommes pas leurs esclaves.

Yeewu Jotna !

Source : https://genius.com/Meek-mill-whats-free-lyrics

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