La symbolique de l’honneur

DEMAIN DÉQËLE
27 0ctobre 1886
La symbolique de l’honneur

« Ce texte est un extrait de notre manuscrit éponyme dans lequel , nous nous intéressons , non pas à la mort , stricto sensu , du Dammeel mais, à ses entretiens et discours, la veille de sa mort, le Mercredi 26 0ctobre 1886 à CILMAXA dans la province du MBAKOOL du KAJOOR. Cette Cité a été fondée par son ancêtre Saaxewar Fatma Jóob , tout à côté de DÉQËLE, fondée aussi par un autre de ses ancêtres, Masamba Saa Xujja Jóob, fils de l’éminent fondateur de KOKKI ( dans le Njàmbur ) Maam Mataar Ndumbe Jòob selon Fàllu Lóo, Ndongo Tarbiya, qui fait un travail remarquable sur les patronymes et leurs origines .

CILMAXA – DÉQËLE
BISMILAAH !

La France a ses CHEVALIERS ;
Le Japon, ses SAMOURAÏ ;
Le Sénégal, ses SEBBE ( CEDDO au singulier ).
Ces hommes sont éduqués et formés dans L’HONNEUR dont le code est une rigueur (comme le code du Bushido au Japon qui culmine par le suicide du Hara Kiri),
L’homme dont l’histoire est la plus chantée par les anciens et les contemporains est issu de ce milieu : LAT JOOR NGÓONE LATTIR.

Quand l’air de ÑAANI BAÑ NA gicle des cordes d’Amadu Njaay Sàmb , les fibres physiologiques des GOR ( les sénégalais authentiques ) vibrent.
Le poète francophone Léopold Sedar Senghor a repris leur hymne en français : ON NOUS TUE , MAIS ON NE NOUS DÉSHONORE PAS.

DA NU I DEE WAAYE
DU NU DAW
DU NU DËPP
DU NU DAAY

Voici donc celui qui a préféré le SUICIDE D’HONNEUR , à la honte de vivre dans son pays dépouillé de ses valeurs et de son honneur par l’impérialisme colonial qui s’installait par les médailles ou par le feu.
On comprendra mieux ainsi pourquoi , 4 ans après lui en 1890 , son cousin , ALBURI SEYNABU SAAXEWAR , préférera le repli auprès de Sheex Ahmadu dans le Soudan , pour l’aider à continuer la Jihaad et la résistance de son père, le vénérable ELHAAJ OMAR AL FUUTIYU TAAL .

Ceux qui sont éduqués dans cette veine Ceddo , avaient appris :
– à ne pas mentir
– à ne pas trahir
– à ne pas fuir
Les deux petits fils de Saaxewar ont donné à leur pays des chants qui permettent de ne jamais désespérer .

Le 26 0ctobre 1886, une semaine après l’assassinat de leur neveu, le Dammeel SAMBA LAWBE XURÉEJA MBÓOJ FAAL , de son griot Demba Mbay Birama Daali et de son marabout conseiller SËRIÑ Njobb Saaxewar (les 3 figures symboliques du Sénégal traditionnel, reçut notification du gouverneur de Saint Louis, un étranger , lui demandant de sortir du Kajoor de ses ancêtres, redecoupé en 06 provinces et qui avait supprimé le Titre historique de Dammeel. Lat Joor savait ce qui restait à faire!!!

Il rassembla à CILMAXA , sa famille et ceux qui lui étaient restés fidèles jusqu’au bout , pour leur parler pour la dernière fois !
Après avoir prié takkusaan et formulé des voeux de salut à tous ceux qui sont tombés à ses côtés , notamment son griot conseiller Saaneex Samb, fusillé la veille par les spahis dont il supervisait la progression , le Dammeel enleva ses gris gris protecteurs faits par les plumes les plus mystiques du pays , de Ndaam , Njobb à Njare , et les remit à son fils aîné Mbaaxaan .

Il remercia ses épouses et leur demanda de se detresser comme le veut la coutume du veuvage avant de leur dire une dernière volonté :
NE PAS SE MARIER AVEC AUCUN DE CEUX QUI L’ONT ABANDONNÉ OU TRAHI !
Il remercia ses amis , Masèkk Ndóoya Baawo , Mbaaxan Kan et monta MAALAW un de ses coursiers préférés .

Avec les IRRÉDUCTIBLES qui avaient refusé de l’abandonner et qui lui avaient juré compagnonnage jusqu’à « abadan » , il s’élança vers DÉQËLE où se trouvait en ce moment SËRIÑ TUUBAA qui y redescendait fréquemment honorer le lieu où repose son honorable père Maam Moor ANTA Sali, et où la voie Murid a vu le jour .

A la demande du saint homme qui lui demandait de renoncer à son projet et de le rejoindre afin d’écrire une page plus belle pour lui, le Dammeel répondit :
Mbàkke ! Juboo nga ak sa boroom ba , loo bëgg yàlla def ko ! Waaye, Kajoor da ñu ni ma  » yowa yowa  » ba manatumaa dellu ginaaw ! Ñaanal ma ! Dénk naa la sa ma bopp ak Njaboot GÉPP ! Boroom Ndar da ni Kajoor na génn Kajoor ! Da naa daje ak ñoom Mbàkke ! (phrase de Daam joob , de Fallu Joob et de leur soeur Faatu Joob Sayeer, ses petits enfants, à mes élèves à Cilmaxa en 1999 lors d’une sortie pédagogique mémorable ) .

Et le Saint homme comprit que l’éducation Ceddo vibrait dans les veines du Dammeel et lui offrit son boubou qu’il enfila dare dare comme un linceul .

Et le lendemain, le fils de la « lingeer aux 2 Dammeel » tomba à 10H30 devant les spahis, ses « ‘ compatriotes « , ses frères de sang d’un autre rang, et leurs chefs blancs, avec 70 compagnons et ses 02 neveux ( doomi jiitle ) Saaxewar Ñabas et Cendeela Ñabas, fils de son frère le Dammeel Birima Ngóone Lattir dont il avait épousé la femme pour éduquer ses enfants !
Ils sont morts avec lui dans l’honneur très jeunes , comme pour laisser un message aux jeunes qui allaient venir !

Dans l’après midi , alors qu’on amenait à Tiwaawon les chevaux des soldats tombés , MAALAW son coursier élu, entendit siffler « le train du soir  » et , au centre du village de LÓOYÉEN YËRU, il refusa de progresser, bavant à la furie, et mourut là, devant le brave vieux Majóob Ngooñ atteint de cécité et qui insultait par les plus verts, Ceux qui s’installaient par la mort des valeureux , dans cette terre de savoir et de valeur .

Et les griots qui chantaient ÑAANI BAÑ NA , à la suite de son Fara Xalmbaan , SAMBA KUMBA KALAADO GISE, composerent L’HYMNE DU COURSIER :
MAALAW gisul raay ba
Lu ay sa ginaaw la.

Pour le cheval fidele
L’homme et l’animal pour l’honneur au moins !

Et , 9 ans après , celui à qui il avait tout confié, le fils de Soxna Jaara , prit la voie victorieuse, celle de la Foi, pour dire NON à son tour, à l’insulte de rabaisser notre civilisation , notre religion que devaient supplanter les leurs dans le projet de leur fameuse MISSION CIVILISATRICE .

Voilà pourquoi il y’aura toujours dans ce pays , des CEDDO et des SAINTS pour barrer la route à tous les aventuriers !

Le sénégalais, authentique, me rappelait mon grand père , l’erudit Jaarga Samba Lawbe SÈKK , a deux RACINES :

  • LE SANG CEDDO
  • LA FIBRE DU CROYANT .

Des hommes et des femmes ont offert leur vie pour que leur sacrifice rappelle à leur peuple, qu’il n’a que LA LIBERTÉ et LA DIGNITÉ .
Leurs hauts faits ont ALLAITÉ des sénégalais courageux et déterminés jusqu’à présent.

Auteur du texte

Babacar Mbaye Ndaak

Ecrivain – Artiste – Conteur – Professeur

Publicités

Une réflexion sur “La symbolique de l’honneur

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s