Perspectives !

Aux vues du récent regain d’enthousiasme porté vers le continent africain, il est important pour sa population de profiter de ce tournant (un de plus ?) pour reprendre les rênes de son économie.

Nous avons retenu deux déclarations qui nous ont interpellé sur les derniers mois, l’une étant complétement maladroite, l’autre carrément douteuse.

  • Un président d’un pays du G7 : « Le défi de l’Afrique, il est totalement différent. Il est beaucoup plus profond, il est civilisationnel aujourd’hui… ».

On en revient, à travers ce semblant de positionnement, à la vieille histoire de propagande censée justifier des actes immoraux perpétrés par des Etats. Ce président utilise ici une stratégie bien connue de dénigrement de la population visée en faisant croire qu’elle ne sait pas se prendre en charge seule, qu’elle a besoin d’être épaulée et aidée. L’utilisation du mot « civilisationnel » est purement réfléchie dans ce contexte où en tant que nouveau venu dans la sphère des « pirates », il faut essayer de marquer son territoire et pérenniser un discours transmis à son peuple depuis des centaines d’années.

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LE ZOO HUMAIN au Jardin d’Acclimatation de 1931 – motsetmauxdemiche.blog50.com

Rappelons que les pays occidentaux, notamment la France, ont souvent trouvé des stratagèmes pour essayer de justifier les meurtres, pillages et traites de la population. Cette dernière a souvent été traitée de barbare, sauvage, sous-homme…, et ceci, dans le but de la déshumaniser au maximum afin que leur peuple ne se sente pas coupable et que le soldat n’ait pas à réfléchir avant d’appuyer sur la gâchette.

 

Les récents mouvements observés en Afrique de l’Ouest montrent que les choses n’ont pas vraiment changé, elles ont juste changé de forme. En effet, on peut prendre en exemple l’armée française qui est très présente au Mali pour « sécuriser la région » et « lutter contre le terrorisme ». En y regardant de plus près, on se rend compte que cela fait plus de 40 ans qu’Areva (anciennement la Cogema) exploite cette partie de la région (1), en mépris des Touaregs spoliés de leurs terres et déplacés de force. Quand on sait que le nucléaire représentait 77% de la production d’énergie totale en France en 2014 et qu’elle est alimentée principalement par l’uranium extraite à la frontière entre le Mali et le Niger, on peut affirmer qu’on assiste encore une fois à une exploitation forcée des ressources naturelles africaines, au détriment de la nature et la population. Allez poser la question de la présence de l’armée française sur les terres maliennes à un occidental, vous verrez les résultats d’un lavage de cerveau en bonne et due forme.

Une attention toute particulière doit aussi être portée à tous ces forums et colloques internationaux qui se tiennent en Afrique, avec des signatures de contrats commerciaux à la pelle entre les Etats et des entreprises privées. Nous pouvons citer en exemple le Forum Israël-Afrique qui s’est tenu au Togo, le Forum Afrique-Allemagne tenu à Berlin, le Forum Afrique-Japon et le Forum Investir en Afrique (Chine et Afrique) de Diamniadio. Aucune transparence n’est assurée sur ces « partenariats stratégiques » qui penchent le plus souvent en faveur du secteur privé. En plus des pays occidentaux exploitant le continent depuis des siècles, de nouveaux acteurs font leur apparition avec l’envie et la détermination de prendre leur part du gâteau. On dirait que l’Afrique est en train de se choisir de nouveaux bourreaux.

  • Un autre président d’un pays du G7 : « L’Afrique a un potentiel commercial énorme (…). J’ai plein d’amis qui vont dans vos pays pour essayer de devenir riches. Je vous félicite, ils dépensent beaucoup d’argent… Pour nos entreprises, c’est vraiment devenu un endroit où elles doivent aller – et elles veulent y aller ».

Cette affirmation est pleine de sens, affichant une certaine maladresse et révélatrice du mindset de la classe bourgeoise et riche des pays occidentaux.

Certes, l’Afrique a un potentiel énorme, sur les plans miniers, industriels et commerciaux. Mais ce sont les africains eux même qui devraient en prendre conscience et essayer de sauvegarder ces richesses en y investissant. Le premier pas serait de faire des recherches sur les tendances et opportunités, en étudier les contours, mettre en place une stratégie et enfin prendre le risque d’y croire et de se lancer. Faudrait-il rappeler que la plupart des business florissants ont commencé au fond d’un garage, avec peu d’argent et de moyens matériels, mais avec beaucoup de motivation et d’ambition.

C’est ce qu’ont fait par exemple les nouvelles fintechs qui proposent des solutions innovantes en matières de solutions de paiement et de transfert d’argent, mais aussi des technologies d’intermédiation bancaire.

Nous avons l’application mobile M-Pesa (contrôlé depuis par Vodafone) qui permet à 75% des adultes kenyas de régler leurs factures de la vie courante et SimplePay, une application mobile lancée par la start-up nigériane du même nom et qui propose d’effectuer des paiements directement depuis un smartphone, de façon instantanée et sécurisée. Aussi, des initiatives plus avancées ont vu le jour, à l’image de Beam, start-up ghanéenne utilisant les bitcoins comme support de transfert d’argent, faisant ainsi passer les frais de transfert de 10% en moyenne selon les opérateurs à 3%. De nombreuses structures s’intéressent de plus en plus à cet écosystème et ont l’ambition de le répliquer à l’international. Ils dépensent beaucoup d’argent (367 millions de $ en 2016) car aujourd’hui, et ce depuis des siècles, le continent africain est l’un des plus créatifs et dynamiques d’entre tous.

Au Sénégal, les exemples que représentent Wari, Joni Joni, Paps, Ouicarry entre autres… montrent la montée en puissance de l’entreprenariat sénégalais qui tend de plus en plus à viser l’international. On change progressivement de modèle en passant des historiques CCBM de Bara Mboup et TSE de Cheikh Amar qui sont plutôt des sociétés industrielles, vers des start ups résolument tournées vers le numérique (fintech, géolocalisation, cryptomonnaies…). De plus en en plus d’entrepreneurs réalisent les opportunités que vont représenter les enjeux d’inclusion bancaire et numérique de la population africaine. L’Afrique est très en avance dans le monde des fintechs malgré le fait que ce succès est très peu visible et trop peu médiatisé pour que les gens en prennent conscience.

Enfin, nous avons noté la récente création (fin 2016 quand même) de l’eCFA, cryptomonnaie basée sur la blockchain et considérée dorénavant comme une monnaie légale émise par la BCEAO qui aura la charge de la monitorer et de la réguler. Au premier regard, on peut considérer cela comme une révolution, vu qu’il n’y avait à l’époque qu’un seul pays au monde qui disposait d’une monnaie numérique (Tunisie).  Mais en y regardant de plus près, nous avons émis des soupçons quant aux réelles intentions de cette initiative qui regroupe la BRM (Banque Régionale de Marchés), la BCEAO et une structure privée allemande du nom de eCurrency Mint Limited. Cette structure, spécialiste des monnaies numériques centralisées, semble utiliser le Sénégal, et l’eCFA donc, comme proof-of-concept et comme moyen de testing en temps réel de la technologie eCurrency, avant un déploiement à l’international. Cela est encore plus plausible quand on voit que l’ambition de base était de déployer cette cryptomonnaie dans tous les pays de l’Afrique de l’Ouest. Qu’est-ce que la population, qui a déjà du mal à utiliser les services bancaires classiques, pourrait tirer du eCFA aujourd’hui ? Quels seront les impacts réels sur les affaires ? Que pourront nous en tirer dans les années à venir ? Autant de questions auxquelles nous n’avons aujourd’hui aucune réponse. Manque de transparence ?

Dans tous les cas, notre message est simple : que les déclarations extérieures dénigrantes ne nous fassent pas perdre confiance en nous et que l’on prenne conscience des opportunités présentes dans notre pays et dans notre continent, qu’on les saisisse, les sécurise, avant que les « pirates » ne s’en empare.

Yeewu !

 

 

Sources :

1 – http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-monde/20130115.RUE2486/guerre-au-mali-securiser-notre-approvisionnement-en-uranium.html

https://blogs.mediapart.fr/etienne-servant/blog/111213/les-mines-du-roi-areva

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/la-tribune-de-l-energie/10-chiffres-a-connaitre-sur-la-france-et-le-nucleaire-479263.html

http://www.financialafrik.com/events/event/franckfort-forum-economique-allemagne-afrique-2017/

 

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