Un air de « déjà vu »…

En décembre 2015 s’était tenue à Paris la conférence sur le climat, prénommée COP 21 en référence à la 21e conférence des parties (COnference of Parties). Cette convention, qui se tient chaque année, réunit ses membres afin « qu’ils décident des mesures à mettre en place, dans le but de limiter le réchauffement climatique » (1). Dans le cadre de sa préparation, et comme c’est le cas à chaque COP, chaque pays se doit de rendre publique une « contribution », qui est plus une intention qu’un engagement, et qui se présente sous la forme d’un projet ambitieux prenant en compte ses spécificités et contraintes nationales. Du moins, c’est le discours officiel !

Ainsi, lors de cette COP 21 qui s’est tenue au Bourget et qui a rassemblé près de 40.000 personnes, est née l’Initiative Africaine pour les Energies Renouvelables (IAER) qui se voulait être un projet révolutionnaire pour les Africains, et plus important encore, par les Africains. L’ambition de l’IAER est de « donner l’électricité à tous les Africains en produisant 300 GW d’électricité d’ici 2030, ainsi que par la promotion des énergies renouvelables et la mobilisation des capacités en Afrique » (2).

C’est donc dans ce contexte qu’une liste de 240 projets (Rapport IAER : liste complète), fruit d’une tournée africaine de Ségolène Royal, alors Ministre de l’environnement de la France, avait été établie et 7 projets concernaient le Sénégal. L’intention de cette initiative est louable car étant structurée en un programme doté de 10 milliards d’€ (dont 5 milliards de $ financés par les USA – Quid du désengagement de Trump !), dirigé par le Malien Youba Sokona, et mis en œuvre par les Africains eux même.

Or, on assiste à un phénomène déjà vécu maintes fois, à travers l’histoire, sur le continent africain, et qui se résume à un accaparement d’une opportunité saine émanant des Africains, par les pays du nord et leur cupidité capitaliste. En effet, lors du deuxième conseil d’administration de l’IAER, destiné à faire le point sur les soutiens financiers rassemblés depuis son lancement en 2015 et réuni le 4 mars 2017 à Conakry, 19 projets ont été mis en avant en tant que priorités sur les plans du financement et de la mise en œuvre. « Sont notamment concernés : des centrales solaires au Niger (Agadez,13 MW, et Gorou Banda, 30 MW) et au Bénin (Onigbolo, 25 MW), un programme d’électrification rurale alimenté par micro-hydroélectricité en Guinée (10 MW) ou encore des lignes de transmission (Mali) et d’interconnexion (Ghana-Côte d’Ivoire) » (3). Le coût global de ces projets avoisinerait les 4,8 milliards d’€ et le choix de cette liste aurait été faite conjointement par Ségolène Royal et les responsables du commissaire européen au développement international, en contradiction totale des principes de l’IAER.

Youba Sokona, à qui la liste avait été présentée 2 jours avant la réunion et qui avait logiquement refusé de les présenter au conseil de l’IAER, dénonçant le mépris et le manque de respect total des européens à l’égard des besoins vitaux de l’Afrique et des principes du programme, a présenté sa démission et dénonce ainsi cette mainmise des investisseurs privés sur le marché de l’énergie verte en Afrique (1€ d’argent public contre 15€ d’investissement privé).

« Suite à la réunion de Conakry et à la démission de Youba Sokona, un collectif d’organisations africaines a publié une déclaration dénonçant vigoureusement le « détournement » de l’Initiative africaine par la France et l’Europe. « Nous en appelons à tous les États, leaders et peuples africains pour qu’ils exigent une énergie renouvelable véritablement centrée sur les besoins et les droits des gens en Afrique, sur la base du modèle formidable esquissé par l’IAER et validé par tous les pays africains », proclament ces organisations. Elles accusent également les Européens de mentir sur leur niveau réel d’investissement dans l’IAER, en affichant le chiffre de 4,8 milliards alors que la somme réellement apportée serait au mieux de 300 millions, dans des conditions imprécises » (4).

Le projet Senergy installé à Mékhé est la parfaite illustration de cet état de fait avec les financements et pilotage de la FONSIS (participation minoritaire), Meridiam (Fonds d’investissement français), Solairedirect (filiale d’Engie) et Proparco (Groupe Agence Française de Développement) qui a, à elle seule, financé le projet à hauteur de 80% (34 millions d’€). Cette centrale, qui a été réalisée sur d’anciennes terres agricoles « négociées » avec quelques dizaines d’agriculteurs, sera, à terme, revendue à la Senelec au bout de 25 ans, sur la base d’un contrat de rachat établi entre les différentes parties.

Projets sénégal

On retrouve à peu près le même procédé au Niger avec la centrale thermique de Gorou Banda dont « les travaux sont confiés à l’entreprise chinoise SYNOHYDRO, ceux des lignes et postes d’évacuation de l’énergie vers les centres de consommation à une autre entreprise chinoise, TBEA. La maîtrise d’œuvre est assurée par l’Agence d’Exécution du Projet (AEP) assistée par le bureau d’ingénieurs-conseils allemand FICHTNER » (5).

Ainsi, le continent Africain apparaît comme le nouvel eldorado pour les grands groupes spécialisés dans les énergies qui souhaitent exploiter de nouvelles niches synonymes de rentabilité et de profitabilité sur plusieurs années. En plus de l’excuse « d’aider l’Afrique, continent pauvre, à se développer », le nouveau discours en vogue, pour justifier ces pratiques très douteuses du point de vue moral, est axé sur l’électrification du continent qui est LE facteur x pour que le rêve de « développement » qu’ils ont collé à l’Afrique soit atteint. A travers l’IAER donc, les européens nous imposent une fois de plus leurs pratiques, leurs règles, leurs entreprises et leur savoir-faire.

Il serait temps pour les dirigeants africains de se positionner contre cet accaparement de l’IAER et qu’ils la remettent sur les sentiers du début. Ils ne doivent plus se laisser imposer des projets et doivent privilégier, comme convenu lors du lancement du programme, ceux d’importance vitale et stratégique pour l’Etat et les populations. De plus, les financements public et privé local doivent être beaucoup plus conséquents que ce qu’ils sont aujourd’hui, afin de pouvoir peser sur la balance au moment des négociations et échapper aux montages financiers douteux basés sur des taux fixes trop élevés ou encore des taux flottants à index instables. Enfin, il est primordial que l’expertise quant à l’ingénierie et à la mise en œuvre de ces projets soient l’œuvre de compétences locales. C’est le seul moyen de maîtriser les coûts, développer le savoir-faire local (en intégrant les écoles d’ingénieurs) et créer des emplois locaux pérennes et viables. Le combat contre le néocolonialisme est loin d’être terminé et demandera aux Africains de s’unir et de parler d’une même voix.

Yeewu dafa djot !

 

 

Sources :

1 – https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_de_Paris_de_2015_sur_le_climat
2 – Sokona Youba, vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et l’un des initiateurs de l’IAER. https://www.afdb.org/fr/news-and-events/initiative-africaine-pour-les-energies-renouvelables-iaer-lafrique-fait-bloc-16355/
3 – Jeune Afrique, 06/03/2017, http://www.jeuneafrique.com/409805/economie/energies-vertes-19-projets-linitiative-africaine-arei-voudrait-voir-finances-priorite/
4 – http://www.alterinfo.net/Comment-au-nom-du-climat-la-France-cherche-a-imposer-ses-interets-et-ses-entreprises-a-l-Afrique_a130796.html
5 – http://www.lesahel.org/index.php/societe/item/8497-centrale-100-mw-de-gorou-banda-op%C3%A9rationnelle-en-d%C3%A9cembre-2015 ;
http://www.agenceecofin.com/production/0204-46230-niger-inauguration-de-la-centrale-electrique-de-gorou-banda-pour-parer-aux-delestages-intempestifs
Climate Change News
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Une réflexion sur “Un air de « déjà vu »…

  1. Vraiment c’est du n’importe quoi imposer les africains de diminuer leur portion de production dans leur entreprise c’est impossible. Car on constate que la plus grande partie des pollutions proviennent dans les usines européennes étasuniennes. Donc pour lutter contre la pollution ou la destruction de la couche d’azote nesscessite vraiment la réduction de la sur production des entreprises européennes et celles des américaines

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