Les médias au Sénégal

En faisant un tour sur les différents médias digitaux et physiques sénégalais, on a à faire face, entre autres, et sans que cela ne soit une caricature, aux thèmes suivants : politique sénégalaise et française, people, mœurs, festivités, sport. Il faut avouer que ce sont des thèmes récurrents quand on s’attarde un peu sur les « canaux d’information » sénégalais, et ce, depuis un certain temps ; eux qui ont fait de la politique « politicienne », du fait religieux et du traitement des mœurs leurs sujets favoris. Certains affirment que ce n’est que le reflet de la société dans laquelle les sénégalais vivent, argumentant avec l’attrait qu’ils ont pour ces thèmes qui se retrouvent les plus commentés et les plus discutés sur les places publiques, communément appelés « Grands Places » voire « Bancs Diaxlé », ou encore sur les réseaux sociaux.

Les commentaires au bas de ces articles en valent le détour, avec leur lot de fanatiques, d’illuminés, de gens censés, de croyants, d’intellectuels, bref un mini-Sénégal entrain de débattre, derrière leurs écrans, sans vraiment prendre du recul sur les événements, chacun essayant de sortir le mot juste ou le commentaire choc qui récoltera le plus de « J’aime », cet objectif n’étant pas forcément conscient. En effet, la révolution numérique a profondément modifié la relation que l’humain a avec son environnement et donc avec les informations qu’il en tire et qui l’impactent. L’acte « d’aimer » ou de « partager » est devenu plus que symbolique et a tendance à se refléter comme une drogue affective par laquelle les gens se sentent aimer, compris, soutenus. Toute l’information est devenue digitale avec comme principaux canaux de nouvelles les réseaux sociaux, les sites web spécialisés, les radios digitales, la télévision et les contenus vidéos.

L’environnement médiatique sénégalais, quant à lui, est à l’image du monde de la lutte sénégalaise avec son « mysticisme », ses frasques et ses stars, ses scandales et ses coups d’éclat, ses champions déchus et ses éternels « ousiders », le tout sous le houra approbateur et fanatique des sénégalais qui sont comme hypnotisés par le spectacle qui leur est offert. Il fût un temps, pas si lointain que cela, où, pour chaque branche, les médias se réduisaient « au média » c’est-à-dire à un seul fournisseur officiel d’information pour le peuple. La RTS était la seule alternative pour une grande partie des sénégalais souhaitant « rincer » leurs yeux devant cet écran illuminé qu’est la télévision ou encore « se curer » les oreilles à côté de leur radio ; le quotidien « Le Soleil » étant son penchant papier. Pour ce qui est des sites webs et autres applications, nous étions encore loin d’imaginer leur développement, ni leur impact dans cet environnement si monopolisé ; mais nous y reviendrons dans un prochain article.

Mais ce temps est révolu. Aujourd’hui, le paysage médiatique est aussi divers que varié et ce, pour toutes les branches qu’il compte. Le nombre de médias privés a explosé sur les 20 dernières années avec notamment l’apparition de médias/publications spécialisés dans des domaines tels que l’économie, la culture, l’habillement, le sport (qui se décompose en sous-spécialités avec par exemple un focus sur le football, un autre sur la lutte) et le Sénégal compte aujourd’hui une vingtaine de quotidiens, plusieurs fréquences radios ainsi que plusieurs fréquences télévisuelles autorisées par l’État. Cette multitude de choix est née de la volonté de libéralisation de ce secteur [comme beaucoup d’autres secteurs avant et après celui-ci, après les indépendances] afin de se démarquer de la politique monopolistique de diffusion de l’information qui a été mise en place par le colon français. Une politique de rupture donc, dont l’ambition pieuse de ses débuts va accoucher d’un secteur aussi florissant que décrié, et qui, aujourd’hui, mérite qu’on le critique pour qu’il se remette en question.

En effet, et comme évoqué en début d’article, les thèmes traités par les médias/publications sénégalais sont loin de ce qu’ils devraient être si le pays veut se relever d’années de « viol » et d’exploitation, et cela en conscientisant les esprits endormis/floués de sa population sur le fait présent et comment améliorer nos conditions de vie. Le chemin de l’éveil commence par une prise de conscience des sénégalais, de sa jeunesse notamment, sur l’importance de l’information, de la bonne information, qui va elle-même être la source du savoir et donc le vecteur du changement de mentalité qui s’impose. Les médias/publications auraient grand intérêt à recentrer leur cœur de métier vers du concret, et moins du sensationnel.

Le focus aura intérêt à être porté sur des éléments positifs, de vraies valeurs sur lesquelles les jeunes pourraient s’inspirer. Les médias ont un rôle moral et décisif dans l’avenir de notre nation dont la grandeur ou la décadence dans les années à venir, va dépendre largement. Des valeurs telles que la droiture, le travail (incarné au sens le plus noble par un groupe bien défini de la population sénégalaise), le respect, la pudeur [aussi bien physique que morale], une bonne moralité justement, la fierté [d’être qui on est] entre autres sont autant de fibres que nos médias doivent pouvoir toucher positivement afin d’impacter et d’influencer la population sénégalaise vers une prise de conscience aussi vitale que nécessaire. L’histoire a démontré que les peuples ne demandent qu’à être impliqués dans le développement de leur espace vital à travers une inclusion dans les décisions concernant le « village », quelles qu’elles puissent être, mais aussi une réflexion sur le bien-être physique, psychique et moral de l’ensemble, sans distinction d’âge et de sexe. L’Afrique a toujours fait preuve de résilience et d’esprit de groupe quand il a fallu affronter des obstacles majeurs à travers l’histoire, et c’est justement de cette force que doit venir le changement.

Amadou Mansour Diouf. Medias et identit´e urbaine : la construction de l’id´ee de modernit´e dans les espaces urbains africains `a travers la presse : le cas du S´en´egal. Sciences de l’information et de la communication. Universit´e Michel de Montaigne – Bordeaux III, 2013.
CNRA – Les médias – Le paysage, les radios, les télévisions, un paysage divers, structuré et riche de potentiels
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Une réflexion sur “Les médias au Sénégal

  1. Bonjour,

    Je trouve que c’est une bonne analyse. Elle dresse un portrait qui est globale et qui peut se généraliser à toute l’Afrique noire aujourd’hui.

    J’espère que le prochain article sur ce thème ira plus en profondeur pour évoquer les racines (héritage coloniale) des médias qu’on a chez nous. Et sur la continuité de ce modèle étant donné que les têtes pensantes qui les dirigent sont pour la plus part formés à l’extérieur. Il y’a t-il chez nous une place chez nous pour un modèle de journalisme purement africain. Une vision africaine du mainstream?

    Dans la même veine, ça serait intéressant de faire un audit auprès des Senegalais ici en question pour avoir leur retour sur ce qu’ils en pensent sur ces médias qui ont fleurie chez eux comme tu le dis dans l’article.

    A te lire!

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